Bien sûr, quand le sage montre la lune avec son doigt, l'idiot regarde le doigt.
Bien sûr l'idiot regarde le doigt, il regarde le doigt de celui qui
l'instrumentalise.
L'idiot a bien raison de résister à l'autorité de celui qui montre, de celui qui saurait ce qui doit être vu.
L'idiot observe ce doigt, il s'interroge:
"Quel est ce doigt ? à qui est il ? qu'est ce qu'il me montre? ...La lune que je connais par cœur?"
Bien sûr l'idiot ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, au bout de son nez il y a le début d'un autre qui se prolonge.
Être idiot c'est le refus de se soumettre aux nostalgiques fictions ou à l'illusoire espérance, c'est s'inscrire dans le réel, plus, dans la présence du réel comme le dessin qui s'inscrit dans la matérialité du support, dans l'exigence du présent.
Il faut être un peu idiot pour dessiner, passer le temps, ce temps à effleurer le relief du papier, ce temps à entrelacer encore et encore des boucles et des boucles sur le mur jusqu'au presque noir pour révéler la lumière d'un volume, le flan d'un pachyderme, le sourire d'un chat sans visage, la queue rayée d'un rat qui s'enfuit...
L'idiot, quand il dessine un doigt, il l'éclaire de telle manière qu'il nous offre la présence de la lune sans la montrer. Il dessine un doigt et aussi la lune.
L'idiot n'est pas sage.
Patrick Sirot (correction du 11 août 2013)
Patrick Sirot: Bien sûr, quand le sage montre la lune avec son...
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