Ça pourrait être ça, ça pourrait être ça, d’abord, d’abord, d’abord,on se lèverait, on se lèverait en poussant sur nos deux pieds,on se lèverait debout, bien debout,bien, bien, bien stable sur nos deux pieds. Faudrait bien attendre, bien attendre qu’on soit bien stable sur nos deux pieds,faudrait bien attendre qu’on soit bien stable pour que le larynx y redescende à la bonne hauteur,pour que le larynx y redescende, bien, à la bonne hauteur. Maintenant qu’on est bien stable et le larynx à la bonne hauteur. Là, y’en a un qui pourrait parler, y’en a un que pourrait parler avec le larynx que serait à la bonne hauteur.Y pourrait dire qu’on avance, qu’on avance, y pourrait dire:
« Avancez, avancez »,
y pourrait nous dire qu’on avance, qu’on avance, qu’on avance, bien stable, y pourrait nous dire qu’on avance bien stable sur nos deux pieds, y pourrait nous dire qu’on avance bien stable, bien droit, debout sur nos deux pieds, bien droit. Alors chacun d’entre nous mettrait un pied devant l’autre, pis un autre, pis un autre, pis un autre pied, pis un autre, pis un autre encore. On avancerait, ensemble , tous ensemble, tous bien ensemble, chacun avancerait bien stable, bien droit, debout, bien debout, on avancerait ensemble, bien ensemble, bien, bien droit, la tête levée, bien droite, bien, bien droite.On avancerait bien digne, la tête bien droite et bien digne. Alors y’en a un, un autre qui pourrait crier avec le larynx à la bonne hauteur, y pourrait crier en prenant d’l’air dans ses poumons, du bon air, du bon air, du bon air dans ses poumons, y’en a un, un autre, qui pourrait crier en avançant bien digne,la tête levée, et puis un autre, et pis un autre, pis un autre, pis un autre, on crierait en avançant, bien stable, la tête levée, debout ensemble, on avancerait en criant tous ensemble, tous bien ensemble, bien droit, bien digne, tous bien ensemble on crierait en avançant, en avançant, jusqu’à ce qu’on arrive devant, bien devant, bien, bien, bien, bien devant, juste devant, la tête levée, bien digne, tous ensemble, bien tous ensemble. Une fois qu’on serait bien devant, juste devant qu’on serait bien stable, bien stable debout sur nos deux pieds, devant, bien devant, bien, bien devant, juste devant sur nos deux pieds. Alors on avancerait plus, on crierait ensemble tous ensemble, en prenant de l’air, du bon air dans nos poumons, on crierait en prenant de l’air le plus qu’on peut, on crierait le plus qu’on peut devant bien devant, juste devant.On crierait le plus qu’on peut jusqu’à ce qu’on puisse plus, jusqu’à ce qu’on puisse plus prendre de l’air, du bon air, du bon air dans nos poumons. On crierait jusqu’à ce qu’on puisse plus, on crierait jusqu’à ce qu’on suffoque, on suffoquerait, on suffoquerait, on suffoquerait , tellement qu’y aurait plus d’air dans nos poumons tellement qu’on serait obligé de se taire.On s’tairait bien stable sur nos deux pieds, on se tairait debout ,bien stable, la tête levée, bien droit, bien digne, on se tairait.On crierait plus, on regarderait, on regarderait en silence,bien digne, bien stable sur nos deux pieds,en silence on regarderait tous ensemble, en face, on regarderait en face,la tête levée bien digne en silence, on regarderait les murs s’effondrer.Les murs s’effondrer, ça ferait un sacré boucan, un sacré boucan que ça ferait et une sacrée poussière. Ça ferait une sacrée poussière, une poussière grisâtre, une sacrée fumée que ça ferait, une fumée de poussière grisâtre. Ça ensevelirait tout, recouvrirait tout, ça enterrerait, enfouirait engloutirait tout. Ça pénétrerait aussi, ça pénétrerait tout, le moindre trou, ça rentrerait dans le plus petit des orifices; les oreilles les yeux, le nez ,la bouche. Elle nous infiltrerait, la fumée de la poussière grisâtre,elle nous infiltrerait la sacrée fumée de la poussière des murs qui s’effondrent, elle nous infiltrerait par le trou de balle jusqu’aux entrailles, elle étoufferait nos organes la poussière du silence, la poussière grisâtre du silence, la fumée du silence grisâtre des murs effondrés, la poussière silencieuse de la peur. De la fumée de silence partout. Partout gris, partout gris, uniforme, la poussière grisâtre de la peur partout, tout partout uniforme, que du gris pareil, partout, tout partout pareil du gris, plus de cris, plus de cri , plus de cri, que du gris, plus de cri que du gris, du gris uniforme partout pareil, que du gris plus de cris.
2013 Patrick Sirot